LA CONFIANCE DANS LE COUPLE


On a tous eu l’idée que tant qu'on ne va pas voir ailleurs, le contrat du couple est rempli. Genre, circulez, y a rien à voir !

Pourtant, en cabinet ou dans la vie, la réalité est toute autre. La notion de confiance est bien plus subtile que ça. Elle est l’un des quatre piliers fondamentaux du couple, aux côtés de la communication, la complicité et la connexion. Ensemble, ces quatre mousquetaires ont une seule et unique mission : créer le Graal de la relation, la sécurité émotionnelle.

Mais pour comprendre comment rendre ce pilier inébranlable, il faut d’abord comprendre ce qu’il en est plus précisément.

 

La confiance est comme une poupée russe : elle vit  à l’intérieur de soi ; chaque poupée représente un contexte et un ressenti. La répétition d’actions ou de comportements positifs, des plus grands aux plus petits, permet à la poupée d’être intacte et complète.

Mais avant tout, la confiance dans le couple, c’est déjà travailler sur sa confiance en soi. Avec l’amour de soi, l’acceptation de soi, et l’image et la vision de soi, elles forment cette grosse poupée indispensable qu’est l’estime de soi. Et l’estime de soi, c’est garder sa souveraineté : savoir se respecter, poser son cadre et ses limites, ne pas projeter ce qui n’existe pas, bref, être un individu parfaitement aligné.

Et c’est pour cette raison qu’en réalité, dès qu’on gratte un peu, on trouve des problèmes d’estime de soi chez tout le monde ! Parce que personne ne se sent suffisamment parfait, et donc n’a une estime de soi (et une confiance en soi) parfaite. Et même si vous revenez de 20 ans de bouddhisme en plein désert népalais, pas sûre que tout soit ok à l’intérieur de vous… Sauf peut-être Néo dans Matrix, pour que l’Elu devienne invincible, et encore… pilule rouge ou pilule bleue, la perfection n’existe pas !

 

On a tous entendu au moins une fois, que la confiance, ça se gagne…

Spoiler : C'est un faux ami ! C’est la phrase qu’on dégaine souvent comme un bouclier après une déception, voire une trahison. On imagine alors que le partenaire, pour regagner la confiance, doit passer un parcours du combattant, accumulant des bons points comme un élève sage pour avoir le droit d'accéder à notre cœur.

En réalité, aborder la relation sous cet angle est un piège majeur, car on se place alors en tant que juge, qui s’autorise à prendre le pouvoir sur l’autre, à sanctionner et qui l’oblige à faire ses preuves pour se racheter (adieu la complicité !).

Or, la confiance est un cadeau, pas une récompense : elle ne se gagne pas, elle se donne. Chacun a sa propre responsabilité de faire un saut dans le vide, pour l’accorder ou non. Si c’est non, c’est soit qu’il existe un red flag (autrement dit des comportements qui sonnent comme une alerte intérieure), soit des blessures non réglées en soi et qui ébranlent l’estime de soi. Car non, en amour, et dans la relation, on n’a jamais de garantie que l’autre ne fera jamais d’erreur, et ce même si on lui réclame une prise de sang intégrale, son casier judiciaire, et une lettre de recommandation de ses exs ! La confiance est un acte de foi, une décision.

Et puis, la confiance, au-delà du « ça se gagne » ou « ça se mérite », surtout, ça s’entretient. Car si on entretient un jardin chaque jour, en arrosant, en désherbant, en apportant du temps et de l’attention, en observant avec bienveillance, alors la récolte pourra se faire lorsque le fruit sera mûr. Sans quoi, c’est prendre le risque de tuer ce qui a été semé, par sécheresse ou en laissant le tout pourrir.

 

Pour revenir à notre mouton (noir) de la confiance dans le couple…

Lorsqu’elle tangue sérieusement, au point de donner le mal de mer au capitaine, c’est tout le navire qui tremble et qui prend l’eau… Et contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas toujours les grands tsunamis (comme l'infidélité) qui font le plus de dégâts, mais plutôt l’érosion silencieuse, goutte après goutte.

 

Pourquoi ?

Parce que la confiance dans un couple, c’est ouvrir un compte joint émotionnel : à chaque fois qu’on écoute, qu’on répond aux attentes, qu’on nourrit l’autre, on fait entrer de l’argent sur le compte. En revanche, à chaque fois que l’un oublie un anniversaire, ne tient pas sa parole, ou agit en solo, ce sont des retraits immédiats. Mais attention ! Pas juste des petits retraits sans conséquences… On n’est pas chez Action … Chaque retrait a des commissions cachées (plus ou moins grandes selon les petites lignes jamais lues, mais inscrites au contrat, par le ou la partenaire), qui finissent par mettre le couple à découvert. Or, on ne rigole pas avec le banquier ! Lorsque le découvert dure trop longtemps, le chéquier et la carte sont retirés, et on est fiché à la Banque de France. La confiance fonctionne de la même façon : si on ne sait pas gérer son investissement (le couple), on finit par tout perdre…

 

Mais comment peut-on en arriver à ce point-là ?

En réalité, l’argent (ou la confiance), sort beaucoup plus facilement qu’il ne rentre ! C’est facile de dépenser à tort et à travers pour s’offrir des petits plaisirs. Mais c’est beaucoup plus difficile de se lever chaque matin pour remplir les caisses. Evidemment, c’est plus aisé lorsqu’on kiffe son job (et qu’on aime fort son ou sa conjointe).

Les petites ou plus grandes dépenses sont, indépendamment les unes des autres, pas si graves. Mais c’est la répétition et l’accumulation qui entraînent la ruine, et donc l’insécurité

Il y a :

  • Ceux qui adorent le dénigrement, ou dans un jargon plus récent, le « gaslighting », c’est-à-dire une façon de réécrire l’histoire selon ce qui arrange, et sans prendre en compte la réalité de l’autre (ou des faits). Exemple : « Non, mais tu n’as encore rien compris, tu en fais toute une histoire, alors que ce n’est pas du tout ça » (en version soft, hein…). Cette technique permet de faire douter l’autre sur son propre jugement, pour mieux le rendre vulnérable (volontairement ou non).

 

  • Ceux qui sont en mode « le numéro de votre correspondant n’est plus attribué, veuillez renouveler votre appel ». Autrement dit la personne qui est là physiquement, mais en mode avion dès qu’elle franchit le seuil de la maison, sans aucun investissement, partage, écoute, rien. Au mieux, il/elle descendra les poubelles.

 

  • Ceux qui sont plein de bonne volonté, remplis d’espoirs, de projets, de projections idylliques… mais restent cloués à St Ex derrière une vitre, plutôt que de monter dans l’avion. Ce modèle-là se reconnaît par des « Je m’en occupe ce week-end », des « Je bois un verre et je rentre juste après », ou encore des « Sois patient(e), après ça on pourra faire ce qui était prévu ». Evidemment, je vous le donne en mille Emile… Jamais rien ne se passe ! Or, l’humain a besoin de routine, de prévisibilité, de fiabilité, pour se sentir sécurisé.

 

  • Ceux qui jouent à la roulette russe de l’humeur tous les matins, même après trois cafés. Par exemple, c’est le « Je t’aime plus que tout au monde » le lundi, le « ….[un ange passe] » le mardi, le « J’ai commencé les plans de notre future maison » le mercredi, et le « Y en a marre, avec toi y a toujours un truc qui va pas » le jeudi, et le vendredi… heu non rien ! … Bref, c’est l'incohérence entre les mots et les actes, pris en étau entre le feu d’artifice et le froid polaire, sans raison apparente. Ce comportement instable oblige l’autre à toujours marcher sur des œufs, car il manque de constance.

 

  • Ceux qui l’air de rien, cumulent les micro-secrets et mini-mensonges pour avoir « la paix ». Ca peut aller du paquet de gâteau mangé en cachette, au prix minimisé d’une paire de godasses, de l’ex croisé « par hasard » (ou mieux d’omettre ce détail), ou encore d’effacer l’historique d’une conversation… Juste pour « éviter une scène » parce que « Je te connais, t’en aurais fait toute une histoire ! » Ce mode là est le plus vicieux, car en voulant protéger le couple d’une dispute, il l’enlise et lui injecte du poison à doses homéopathiques au quotidien.

 

Sur tous ces registres, systématiquement, la perte de confiance se mesure sur l’autre, mais tout autant sur soi. Le cercle vicieux est installé, les piliers craquent les uns après les autres, le couple est signalé à la Banque de France, rien ne va plus. La misère (émotionnelle) s’installe, les nuits sont agitées, l’ambiance est lourde, et le sexe… bah on n’en parle même pas… Bref, le compte bancaire est proche de la banqueroute = le couple est en sursis.

 

Alors que faire ?

Déjà, il faut comprendre que la confiance n’a pas d’interrupteur ON/OFF : ce n’est pas « oui tout est ok », ou « non rien ne va plus ». Ce serait plutôt un bouton de volume qu’on ajuste en fonction de son environnement, de son état d’esprit, et de la musique qui passe (Spoiler : si c’est du JUL, éteins le poste immédiatement !…).

Alors pour commencer, on réhabilite la parole. Je veux dire la parole de qualité, pas le bavardage : l’authenticité, la fiabilité, dans une Communication Non Violente évidemment, le tout sans attendre que le vase déborde !

Ensuite, on vise la congruence, c’est-à-dire faire ce que l’on dit, et dire ce que l’on fait. En somme, devenir prévisible, adulte, et fiable !

Et enfin, on soigne les piliers. On revient aux bases, en allant tranquillement vers la complicité. Sans vouloir devenir pro du stand-up, il y a moyen de remettre un peu de vie et de légèreté, si le job a été bien fait sur les étapes précédentes.

 

Pour conclure.

La confiance, ce n’est pas la certitude que l’autre ne nous fera jamais de mal. Parce qu’il en fera : on n’est jamais plus touché que par ceux que l’on aime… Mais la confiance, c’est la certitude que si la route devient chaotique, on a à nos côtés quelqu'un qui tient le volant avec la même sincérité que nous.

Alors surtout, n'attends pas qu'il soit trop tard pour te faire aider (parce que tout seul, c'est difficile, voire impossible). Il y a des gens dont c'est le métier, qui peuvent t'aider dans ce parcours pour retrouver une confiance mutuelle (suivez mon regard...). Plus tu travailleras sur toi avec un bon accompagnement, et plus il te sera facile de garder ton compte bancaire dans le vert !