VACANCES, J'OUBLIE TOUT... (SAUF LE DÉSIR !)

L’heure des vacances a sonné. La liste des préparatifs est checkée, les valises bouclées, les volets baissés. Ouf, enfin l’heure de partir se reposer, récupérer d’une année de stress, de contraintes et de sommeil en retard.

Au milieu de la charge mentale liée à l'organisation (et généralement peu répartie de façon équitable), chacun s’est déjà fait ses propres projections mentales. Elles peuvent être de se la couler douce en sirotant une bière, un mojito ou un sirop à la menthe au calme ou avec des potes, ou de découvrir un lieu en multipliant les visites culturelles, ou encore de partir à l’aventure à la recherche de nouvelles expériences et de paysages inconnus.

Une constante néanmoins : vouloir sortir de son quotidien ! Et pour certains plus que d’autres, cela est synonyme de se reconnecter aux plaisirs de la chair. En abusant des restos peut-être, mais aussi en retrouvant une libido plus active, plus folle ou plus débridée que le reste de l’année. En effet, on constate que les vacances sont un moment où les couples font davantage l’amour, et où les célibataires se laissent plus facilement tenter par une aventure moins sérieuse qu'ils ne se l’imposeraient habituellement. Même au camping, les miettes sur la table, le sable dans la caravane, et manger une glace à 18h30 ne sont plus autant un problème qu’à la maison. On lâche prise ! Moins de stress et plus de temps pour soi = une reconnexion aux plaisirs, et donc au désir. Youpi, y en a qui vont être contents ! Et souvent, ça marche.

Mais pas tout le temps. Parce qu’au milieu de ce rêve de mer turquoise, de vent de liberté et de monde parfait, il y a des réalités qui sont toutes autres. Car ce monde-là, c’est l’idéal qu’on projette dans notre tête, c’est ce vers quoi on tend, ce qu’on espère, ce qu’on attend.

Dans la vraie vie, les vacances, c’est d’abord beaucoup d’organisation et de contraintes, de charge mentale avant même le départ, et rien que cet épisode peut créer à lui seul un amas de soucis et de disputes sans avoir encore enfilé un orteil dans la tong. Une fois à destination, c’est joie et lâcher-prise, un peu trop peut-être… Parce qu’il existe un phénomène physiologique et psychologique très précis qui fait que généralement au deuxième ou troisième jour, on constate un effondrement total de la tonicité : c'est le contre-coup de la chute de cortisol, l'hormone du stress qui nous faisait tenir debout toute l'année. Lorsque la pression retombe, le corps lâche d'un coup. On redevient soudain un ado en pleine puberté qui gémit « flemme » du matin au soir et refuse de ranger sa chambre. Vient alors le temps des grands dilemmes existentiels. Qui prépare le repas ? Bon ok, resto pour ce soir. On avait prévu de faire le marché ce matin ? Je vais plutôt réfléchir pendant une petite sieste. Une bière au bord de la piscine ? Bon ça ok, je veux bien faire un effort, mais je suis au max  !

Bref, l’interrupteur de la motivation ou du dynamisme s’est soudainement envolé. On fonctionne au ralenti, on oublie certaines règles, on veut profiter et prendre du bon temps. Même le sexe devient un effort de plus, surtout si, comme la plupart des Français, on a choisi une destination où soleil et chaleur deviennent un poids supplémentaire à porter. 

Quoi qu'il en soit, l'été reste une période favorable aux sourires, à la bonne humeur, à la formule zéro prise de tête, aux tenues légères et corps dévoilés, et donc propice aux rapprochements et aux coquineries qui peuvent déraper à tout moment (évitez tout de même les dunes... par expérience, je vous le déconseille !). Encore une fois, tout ça est vrai et c'est ce qui nourrit nos projections mentales. Mais il y a aussi des vacances où la libido ne revient désespérément pas. Et là, généralement, je retrouve les couples dès la rentrée dans mon cabinet, en PLS, en mode détresse totale. Il y a eu de fortes attentes, une impatience immense, et donc une déception monumentale à l’arrivée. Globalement, ce schéma n’est pas si difficile à comprendre, mais face au canapé du cabinet, la question tourne en boucle : pourquoi ça ne fonctionne pas ? Pourquoi l’autre n’a pas eu de désir ? Ce n’est pas juste, il y a un problème !

Pour y répondre, il faut comprendre que le désir n'est pas une lampe magique qu’on frotte pour faire sortir le génie, juste en changeant de code postal. Il s’agit d’un écosystème sensible. 

Voici plusieurs hypothèses toutes très différentes, décrites de façon humoristique et peut-être un poil sarcastique, mais qui cachent de vrais mécanismes psychologiques à prendre évidemment au second degré (un lecteur averti en vaut deux !).

  • Sur la réciprocité contractuelle : « Dis donc Michel, ce n’est pas parce que tu as posé 3000 balles sur la table que ça te donne le droit d’exiger du sexe en échange, non ? ». Le désir ne s'achète pas au forfait, même en soirée et week-end...
  • Sur le déplacement du conflit : « Au fait Martine, si tu voulais bien regarder que c’est ton couple que tu détestes et pas le sexe, peut-être que tu pourrais t’autoriser quelques plaisirs, non ? ». Les vacances ne guérissent pas le ressentiment, quelle que soit la qualité du buffet...
  • Sur la pression et l’insistance : « Tiens, mon Paulo, tu penseras peut-être à arrêter de te frotter sur ta femme ou de lui faire la gueule si elle dit non, ça lui fera des vacances à elle aussi ! ». Parce que les claquettes-chaussettes tuent l'amour, mais le harcèlement tue l’érotisme...
  • Sur le sacrifice maternel permanent : « Et Caroline, on sait que tu veux prouver les bénéfices de l'éducation positive, mais t’es obligée de dormir avec tes gosses aussi pendant les vacances ? ». Ca ressemble bien à une fuite, déguisée en costume de wonder maman…
  • Sur la charge mentale et les préliminaires : « J’y pense, Martin, un compliment ou deux, et essuyer la vaisselle, t’as essayé comme préliminaire ? » Je parie qu’avec un sourire en plus, sur un malentendu, ça pourrait marcher…
  • Sur les inhibitions et les scripts : « Et toi Constance, si tu osais y aller, le prendre par la main, et tenter un truc qui te ferait plaisir à toi, pour voir ? ». Oser prendre des initiatives, montrer ce qu’on aime, ça peut être libérateur !
  • Sur la routine permanente : « Bon, Jean-Jacques, c’est peut-être l'occasion de faire autre chose que le mode lapin reproducteur dans le noir, non ? ». Parce que même si le lapin blanc est toujours en retard, la montre n'est pas obligatoire...
  • Sur les interdits et les tabous : « Bon sang Solange,  même en solo, tu peux te faire livrer un sextoy en urgence pour fantasmer sur le maître-nageur ou le prof de tir à l’arc, c’est pas un crime ! ». Le fantasme est le carburant du désir, et s'éveille parfois plus vite qu'une érection matinale...

On l’aura compris, au-delà d’être simplement en mode déconnexion, les vacances sont également le miroir grossissant de notre fonctionnement relationnel. C'est le moment idéal où il devient nécessaire d’oser. Oser s’affirmer, se responsabiliser, communiquer, s’autoriser, et se connecter à son corps comme à ses ressentis.

Le désir a besoin de sécurité, mais aussi d'un peu de mystère et d'espace, deux choses que le huis clos estival met parfois à rude épreuve. C’est un espace-temps où chacun tente de prendre ses marques et de trouver une place peut-être un peu différente de celle qui nous engonce le reste de l’année. Petit aparté d’ailleurs, mais… il est tout de même étrange qu’on ne s’accorde pas autant de soin à soi, genre bienveillance, ralentissement, acceptation et tutti quanti, le reste de l’année ! Pourquoi ne lâcherait-on pas un peu plus prise lorsque le travail s’en mêle ?

Alors, plutôt que de voir la panne de désir estivale comme un échec dramatique, regardons-la comme un diagnostic à ciel ouvert, une invitation à réajuster l'intimité. Le mieux, ce serait encore que tout cela nous serve de leçon pour les mois à venir. Si on ramenait un tout petit peu de cette légèreté, de cette écoute des rythmes de chacun, de ces glaces à 18h30 et de ces discussions sans tabou dans nos valises de retour, l'année entière aurait une sacrée saveur de vacances, et sans amende à la douane !