LE PARTENAIRE DOUDOU...
Il est des concepts en thérapie que l'on comprend tout de suite, avec peu d'explications. Par exemple : les syndromes de l'imposteur, du sauveur, de l'infirmière, ou encore la relation pansement... On voit à peu près de quoi il s'agit.
Mais alors, le concept du partenaire doudou, c'est quoi ? Ça semble trop mignon, dit comme ça ! Mais méfie-toi des apparences : si tu te laisses posséder, ta santé mentale risque de jouer à l'Exorciste !
Imagine. Tu es en couple. A priori tout se passe bien. Le quotidien s'écrit par un mélange de tendresse, de légèreté, de discussions sur la routine, et de câlins. De beaucoup de câlins. Sexuels, oui, mais pas que ! Bref : tu es un hôtel 5 étoiles.
Sauf qu’un beau matin, tu t'interroges. Tu exprimes tes doutes, tes émotions. L'autre, surpris, ne comprend pas trop. Toi qui, habituellement, es si souple, adaptable, attentif, tu exprimes soudain un besoin.
Alors, l'autre tente de régler ça rapidement, sans trop approfondir. Une pirouette, une sieste, une papouille, et hop ! Les tracas sont rangés dans le tiroir à chaussettes. Pas forcément par pure malveillance, mais par détournement d'attention, ou simplement sans mesurer l'importance de ce qui est posé. Parce que les câlins et la légèreté, c'est toujours plus agréable et sécurisant que le doute et les remises en question. Alors, il/elle fait ce qu'il faut pour retourner à ce qui est connu et rassurant : la douceur, l'attention.
Avoir un partenaire qui te prend pour un ours en peluche, plus motivé par les papouilles que par la réalité de la vie ou tes émotions, ça pose un problème de fond.
Pourquoi ?
Parce qu'un nounours, c'est mignon, ça réconforte, ça ne change pas même si ça vieillit un peu, et surtout : on ne lui demande rien d'autre que d'être là, et de rester tel qu'il est.
Or toi, même si ça te plaît bien d'être un refuge, tu as des besoins, tu évolues, et tu as parfois envie d’être autre chose qu’une surface soyeuse. Le doudou, c'est cette présence indispensable qui calme les insécurités de la vie. C'est comme si l'autre cherchait la chaleur de la couette, mais refusait d'en porter le poids. Félicitations : tu es devenu le partenaire doudou.
Et tu es ok pour l'être... mais tu sais que tu es aussi plus que ça. C'est bien là que le bas blesse.
Il existe aussi une variante : le doudou post-rupture.
Après une séparation, le deuil est souvent fastidieux. L'autre te manque, son contact, sa présence. Alors, on entretient le lien, par messages, en prenant des nouvelles. On trompe l'anxiété du vide, le vertige de la solitude, le silence des soirs pesants. C'est un moyen de rassurer son cerveau en pensant qu'on n'est pas seul.
La solution? Transformer l'ex, en doudou émotionnel pour mettre du baume au coeur, un pansement sur une fissure béante, et rendre la tension quotidienne en guimauve fondante.
Enfin, dans les deux cas, vient le temps où la météo change, où la chaleur vient de l'extérieur, où le printemps s'éveille.. bref, on grandit. Et finalement, le doudou doit se ranger dans la malle à jouets pour qu'on puisse reprendre le fil du monde en tant qu'adulte.
Vivre "comme un grand", prendre ses responsabilités, se sentir en sécurité (seul ou à deux), c'est savoir laisser son doudou au Père Noël et accepter de se faire confiance pour la suite.
Alors... toi, es-tu prêt.e à cesser d'être un doudou pour l'autre, ou à lâcher la personne que tu utilises comme tel ?