LA BOUÉE...
LA BOUEE 🛟
Lorsque la bouée se gonfle, elle s’étire de tout son long.
Majestueuse ou plus modeste, son allure est des plus fières.
Elle est la bouée des petits et des grands.
Au départ, elle ne sait pas qu’elle est une bouée, elle ne l’a pas choisi. Elle l’a compris avec le temps :
Quel que soit l’âge, quelles que soient les situations, la bouée ne juge pas, elle accompagne.
Elle sert de pilier, assure le sauvetage, absorbe les chocs, et pousse les plus anxieux à franchir leurs limites, voire dépasser leurs peurs.
Alors la bouée gonfle le torse fièrement, partageant l’air de son « humain » comme s’il était le sien, et se réjouit de se sentir importante.
Car oui, la bouée est indispensable, toujours rassurante et fiable quand on a besoin d’elle.
On n’y réfléchit même pas : elle est là. Normal, c’est une bouée !
Pourtant, on sait que pour qu’elle reste flamboyante et efficace, on doit en prendre soin, et la maintenir dans son meilleur état.
Jolie et colorée pour les enfants ;
Nécessaire pour ceux qui ne savent pas nager dans le grand bain de la vie ;
Sérieuse et standardisée pour les plus aguerris, en recherche de challenges ou de prouesses ; elle garde toute sa noblesse et avec le courage de braver tempêtes et naufrages ;
Rigolote et de formes improbables, s’adaptant aux plus paresseux comme aux plus fêtards ;
Bref, elle accompagne les âmes, les vies, dans la bienveillance et sans jugement, répondant toujours présente.
On l’attrape, on la coule, on s’y assoie, on s’y repose…
Mais au fil du temps, chacun apprend à contrôler ses peurs, chacun apprend à nager, et à se débrouiller seul.
La seule réponse aux cris d’attention qu'elle réclame, est le silence assourdissant. Car même lorsqu'on la dégonfle, elle ne fait pas de bruit, comme si elle craignait de déranger.
Au fil de l'eau, la bouée voit disparaître ceux qu’elle a aimé, un par un, sans comprendre.
Tantôt oubliée dans un placard sombre et poussiéreux, tantôt laissée à l’abandon au caprice des vagues ou flottant dans une mare emprisonnée par les algues, tantôt jetée aux rebuts car trop désuète.
Bref, la bouée n’a pas vocation à tenir une place de choix.
C’est un objet fonctionnel, de transition, de passage, qu’on ne regarde pas vraiment, même si elle a pu sauver des vies.
On ne s’y attache pas, ce n'est pas elle qu'on choisit comme souvenir, on n’a pas la place de s’encombrer de quelque chose de si imposant, même si elle a pu sembler belle un instant.
Le destin de la bouée est injuste, ingrat, mais fataliste : une bouée n’est pas un port, elle ne s’ancre pas.
Elle n’aurait jamais du prétendre à vouloir être plus que ce qu’elle est : une simple bouée.
Je suis une bouée.