LE DEFI DE LA RELATION AVEC UN HPI / HPE
(*Haut Potentiel Intellectuel / Haut Potentiel Emotionnel)
Je ne vous le cache pas, ces derniers mois, je suis dans une introspection très intense… Ou disons-le, encore plus intense qu’habituellement.
Sauf que… une introspection, pour moi, c’est être en mode stimulation mentale au niveau intergalactique… Je vous explique pourquoi.
🔵J’ai décidé de vous parler des HPI aujourd’hui, simplement parce que je le suis moi-même (couplé, comme souvent, d’un HPE*). Et quoi de plus simple que de parler de ce que l’on vit… ?
Sauf que, pour les personnes comme moi justement, rien n’est jamais simple ! C’est à la fois une force et un fardeau… et c’est aussi ce qui fait de moi une Pipe-Lette🩷 qui n’en finit jamais d’analyser (et par conséquent, une bonne thérapeute) !
🛑Pour rappel, une personne HPI/HPE, n’est ni un génie, ni malade. C’est seulement une particularité, un « câblage » du cerveau différent de la plupart des gens (appelés neurotypiques).
🔵Alors, le HPI, toute sa vie, va se retrouver dans des relations qu’il aura du mal à gérer, et surtout où il aura du mal à se faire comprendre et à se sentir compris. Comme s’il était né dans un casse-tête, qu’il cherchera à résoudre, tout en se sentant dans la prison de son esprit.
Pour vous aider à identifier et avoir une idée de ce qu’il se passe dans ces circuits électriques bizarres, voici les particularités d’un HPI qui entre en relation avec une personne, et particulièrement dans son couple (évidemment, il ne s’agit pas de cocher des cases pour savoir si l’on est HPI ou pas, puisque comme n’importe quel être humain, nous avons tous des nuances, un tempérament à la naissance, et un contexte d’éducation qui fera que certains aspects pourront être plus flagrants ou plus gommés que d’autres) :
1️⃣- Ce qui est le plus connu du grand public, est que le HPI est intelligent.
Il a des pensées qui vont vites, voire qui peuvent être fulgurantes : il met de la logique dans tout ce qu’il fait et vit, il remet tout en question en permanence, et il a besoin de cohérence (quitte à outrepasser les règles qui ne sont pas cohérentes de son point de vue). Il se tourne vers ce qui est sensé et évident pour lui.
Il a de plus, la capacité à fonctionner par anticipation et par arborescence, c’est-à-dire qu’il est capable d’imaginer toutes les portes possibles devant une situation, et de continuer à ouvrir d’autres portes derrière les portes, ce qui lui donne un schéma mental avec un nombre de possibilités infinies qu’il étudie en un éclair.
Cette vitesse de traitement intellectuel ne s’arrête jamais, puisqu’il s’agit pour lui de réajuster constamment les données de son environnement.
💣Problème :
il peut donner le vertige à son partenaire, par des conversations qui vont trop vite, qui sont trop analytiques, dans un système de pensée beaucoup trop complexe.
Le partenaire neurotypique peut alors se sentir épuisé, perdre en estime de lui, et ne pas se sentir à la hauteur des attentes de l’autre ; pendant que le HPI a besoin de se sentir compris dans son cheminement, sans jugement.
2️⃣- De part cette intelligence hors du commun, le HPI a besoin d’une stimulation intellectuelle permanente, pour se sentir nourrit.
Il a d’ailleurs tendance à beaucoup s’éparpiller, puisqu’il arrive à traiter plusieurs sujets en même temps, et se révèle très créatif.
Mais c’est souvent ce qui le fait se diriger vers des personnes aux profils complexes, voire toxiques (rejetant les relations plus « fades »), donc généralement sont en admiration devant ses capacités hors du commun.
Le HPI voit l’autre comme une énigme à résoudre, un défi intellectuel à analyser, et de fait, est très ouvert d’esprit.
De plus, il s’installe dans une écoute active telle, qu’il devient une « éponge émotionnelle » par une empathie cognitive (et parfois affective) immense, afin de s’imprégner du moindre détail concernant son ou sa partenaire.
Pour cette personne, il est très plaisant de se sentir compris(e), mais cela ne veut pas dire pour autant que le HPI répondra à ce qu’on attend de lui (même s’il sait parfaitement l’identifier) !
💣Problème :
Le HPI peut souvent se sentir seul dans la relation car il a de hautes attentes, et le sentiment de porter le couple.
Il se retrouve alors dans un épuisement émotionnel frustrant, qui l’oblige à chercher une stimulation qui lui correspond, en dehors de l’autre.
Aussi, à cause de sa compréhension fine des failles du ou de la partenaire, le HPI tombe facilement dans le rôle du sauveur ou du thérapeute. Il veut "réparer" ou "améliorer" son partenaire, ce qui crée une dynamique de pouvoir déséquilibrée et étouffante.
3️⃣- Cette intensité intellectuelle et émotionnelle continue est souvent prise à tort, pour de la dépression ou de la cyclothymie (trouble de l’humeur), voire de la bipolarité.
Or, chez le HPI, ses réactions sont proportionnelles à sa perception très fine et précise du monde.
Il a besoin de profondeur, d’intensité, et voit l’amour comme une quête d’absolu.
De plus, le HPI accorde une importance capitale à la précision, et notamment au choix des mots.
Il peut se montrer très rigide, perfectionniste, jusqu’au-boutiste et obstiné.
Une approximation du partenaire peut être vécue comme un mensonge ou une preuve de désintérêt, et même une trahison.
De la même façon, il éprouve un besoin de justice⚖️et d’intégrité totales, ce qui le rend loyal.
💣Problème :
le HPI ressent l’injustice fréquente de ne pas se sentir accueillit dans ce qu’il est dans son intégralité, et peut activer des émotions fulgurantes en cas de frustration.
Il cherche en permanence à combler son vide existentiel et/ou intellectuel.
Or, face à lui, le neurotypique peut se sentir impuissant face à des vagues émotionnelles qui semblent excessives, qui peuvent finalement créer de la distance entre les partenaires.
Car la météo intérieure du HPI peut passer par les quatre saisons en un battement d’ailes !
4️⃣- Dans ce monde, le HPI a dû, dès l’enfance, trouver des stratégies de survie en communauté, et pour ce faire, il s’est naturellement mis en posture de sur-adaptation à son environnement (ou faux-self dans mon jargon).
Ainsi, malgré son ressenti d’être différent et incompris, il a pu malgré tout « rentrer dans le moule ».
Mais une fois adulte, ce fonctionnement devient une prison, puisqu’il finit souvent par exploser, cherchant à revendiquer qui il est.
Il déclenche d’ailleurs souvent un syndrome persistant de l’imposteur, car il doute de sa légitimité de s’affirmer, avec un besoin constant d’être rassuré par le partenaire.
💣Problème :
Le HPI peut se sentir exclut, s’épuiser et épuiser le neurotypique.
En effet, ce dernier peut parfois ne pas supporter les variantes entre le HPI en mode de sur-adaptation 🆚 le HPI qui se montre tel qu'il est, et se lasser de son intense besoin d’être rassuré.
5️⃣- En conséquence, le HPI, pour se ressourcer, a un grand besoin d’autonomie et de retrait, voire de solitude.
En effet, le flux cognitif d’informations qu’il traite est si vif et permanent, que s’il ne prend pas de phase de repos adéquat, il risque une fatigue mentale et émotionnelle qui tend à se transformer rapidement en burn-out.
D’ailleurs, les HPI sont statistiquement beaucoup plus sujets aux tentatives de suicide.
Parfois, il peut même avoir développé aussi une hypersensibilité sensorielle (hyperesthésie), qui se manifeste par une sensibilité particulière aux bruits, qui deviennent pour lui une agression réelle, le rendant irritable.
💣Problème :
le neurotypique ne comprend pas les besoins parfois soudains de retrait et d’agacement du HPI, relatifs à des événements qui semblent pourtant bénins.
Or, il ne cherche pas la souffrance, mais la complexité, car de fait, il reste profondément curieux et joueur.
🔵Voilà pour le tableau général (et il y aurait encore tant à dire !), les grandes lignes qui définissent une personne HPI dans son ensemble, dans les relations humaines qu’il entretient.
Dans son couple, le défi est donc la danse cognitive entre les partenaires, pour un maintien de rythme qui puisse être dans l’équilibre réciproque.
En cas de conflit, le HPI est en incapacité d’avancer, tant qu’il n’a pas décodé toutes les subtilités du bug de la relation, et qu’il n’est pas convaincu d’avoir résolu l’équation.
En cela, il confond l’intensité du conflit avec l’intensité de l’amour.
Avec le temps, il lui est donc nécessaire d’apprendre à ne plus s’épuiser émotionnellement.
🔵Pour revenir à ma façon de vivre le HPI/HPE, c’est pour moi une chance🍀, un don, dans le cadre de mon activité professionnelle.
Je sais que j’ai trouvé ma voie, que je me sens à ma place pour la première fois de ma vie. 💖
J’ai conscience que souvent, je bouscule un peu trop mes patients, en leur apportant des informations complexes, et en les confrontant.
Et je ne leur en veux pas s’ils n’adhèrent pas à ma « méthode » (autrement dit à qui je suis).
Mon empathie, mon amour et ma loyauté pour eux sont réels, et ils me le rendent si bien !
Pour chaque personne, chaque couple, je plonge dans une complexité qui me stimule et me ravit.
J’ai fait le choix, par sagesse pour ma santé mentale, de fortement limiter mon nombre de consultations, mais c’est ce qui fait qu’aujourd’hui, je trouve une forme d’équilibre professionnel.
🔵En revanche, d’un point de vue personnel, évidemment, les choses sont beaucoup moins fluides…
Ce que j’ai décrit est l’exact reflet de ma vie, de mes émotions, de mes frustrations, de ma façon d’être.
Moi aussi j’ai été initialement diagnostiquée comme cyclothymique, et ce n’est pas grave.
Mais maintenant que je sais, que j’ai mis un nom, que j’ai identifié et compris qui je suis par ces lettres un peu barbares, je suis en mesure d’avancer sur le chemin de la compréhension et de l’élévation intellectuelle qui me stimulent tant.
🙏 Heureusement, la « vie normale » de mes patients me fait travailler sur mes propres dérives dans la relation (notamment de couple), et en cela, je ressens une gratitude immense.
Une longue route m’attend encore… je ne saurai jamais ce qu’est l’ennui ! 😁